Art Vidéo, Installation, Peinture, Photographie, Sculpture

« Strike Oppose » à la Barjeel Art Foundation : les artistes arabes en résistance

Photo: Hassan Hajjaj

A l’approche de son premier anniversaire, la Barjeel Art Foundation, basée à Sharjah, vient de lancer sa troisième exposition, intitulée « Strike Oppose ». En réunissant les travaux d’artistes arabes – parmi lesquels Sharif Waked, Kader Attia, Huda Lutfi et Zena el-Khalil – sur le thème de la résistance politique et culturelle, les organisateurs n’auraient pas imaginé il y a quelques mois encore, que cet événement artistique deviendrait à la fois l’annonciateur et le miroir de l’actualité de la région ( cet article date d’Avril 2011).

« Strike Oppose », c’est donc un jeu de mot habile avec l’expression « strike a pose », prendre la pose. Manipuler les images, jouer sur les apparences, dissimuler la révolte, c’est justement une des caractéristiques des régimes autoritaires du monde arabe et d’ailleurs. Contre l’apparente stabilité qui vient masquer la misère et l’absence de liberté, et contre les stéréotypes sur le monde arabe véhiculés par les médias, les artistes de cette exposition répondent donc « strike oppose », ce qui signifie à la fois attaquer, éliminer, entrer en collision, et refuser, rejeter. Chaque œuvre explore donc les différentes formes d’opposition ou de connivence avec la norme imposée par les médias ou les gouvernements, qu’il s’agisse de la culture de consommation ou des interdits religieux.

Zena el-Khalil, Binge Drinking, mixed media on canvas, 2008

C’est le paradoxe entre instabilité politique et consommation de masse qui inspire le travail de l’artiste libanaise Zena el-Khalil. Ses installations, ses peintures, ses performances, mais aussi ses écrits (le roman autobiographique Beirut I love you, paru en 2008) font référence à un monde dans lequel cohabitent étroitement symboles de la guerre et pop culture. Dans son œuvre « Binge Drinking » (2008), exposée à « Strike Oppose », Zena al-Khalil superpose ainsi une photo de milicienne et un logo du Hezbollah avec une étiquette de bière libanaise et des perles, fleurs et plumes roses. L’ensemble témoigne directement des contradictions de la société libanaise, et ne manque pas d’en exacerber l’absurdité et la violence.

Kader Attia, Demo(n)cracy, Installation Neon Plastique, 2010

L’artiste Franco-Algérien Kader Attia participe à « Strike Oppose » avec son œuvre « Demo(n)cracy» (2010), une installation de néons blancs réalisée à Berlin, dans le cadre de ses actuelles recherches sur les liens entre art et démocratie. Dans une interview accordée à la Barjeel Art Foundation, Kater Attia insiste sur les contradictions du système démocratique : « La démocratie est devenu une idéologie, un système très peu contesté (…) C’est un système inventé par l’Occident, et non un projet universel, qui privilégie le plus souvent un petite élite, influente sur le plan intellectuel et économique. C’est un prétexte pour réunir les gens autour d’un dogme qui leur fait perdre leur identité (…). Je pense que ce qui se passe aujourd’hui dans le monde arabe est la manifestation d’un désir de construire une société meilleure, mais pas forcément une démocratie, au sens de concept hégémonique occidental. C’est un appel à la liberté. »

Huda Lutfi, Democracy is coming, 2008

L’artiste égyptienne Huda Lutfi participe aussi à l’exposition, avec son œuvre « Democracy is coming »(2008). Cette peinture représente la chanteuse Oum Kalthoum, dont les yeux blancs évoquent un oracle antique prêt à annoncer une prémonition, alors que des avions de combat traversent un ciel gris et lourd. Huda Lutfi fait référence à l’opposition qui se trame sourdement dans son pays, face à la violence du gouvernement Moubarak avant sa chute, violant toutes les libertés au nom de « la noble cause de la démocratie », dixit l’artiste.

Sharif Waked, To be continued, video, 2008

« Strike Oppose » expose également une vidéo de l’artiste palestinien Sharif Waked, intitulée « To Be Continued… »(2009). Waked s’intéresse aux nouvelles formes de propagande et à la représentation du monde arabe dans les médias. Dans « To Be Continued… », l’artiste reproduit la toile de fond typique d’un « suicide bomber », en mettant en scène un homme barbu s’adressant à la caméra entouré d’armes et livre à la main. Or ici, le protagoniste récite les contes des Mille et une nuits. Tout en luttant contre les préjugés et en remettant en question les stéréotypes de représentation, Sharif Waked insinue que la culture arabe doit elle aussi résister.

« Strike Oppose », à la Barjeel Art Fondation, Maraya Art Centre, Al Qasba, Sharjah, UAE, du 11 Mars au 30 Juillet 2011.

Artistes exposés : Zena el-Khalil (Liban), Youssef Nabil (Egypte), Fouad el-Khoury (Liban), Tarek el-Ghoussein (Palestine), Sharif Waked (Palestine), Huda Lufti (Egypte), Nedim Kufi (Irak), Kareem Risan (Irak), Ahmed Alsoudani (Irak), Fathi Hassan (Egypte), Kader Attia (Algérie), Manal al-Dowayan (Arabie Saoudite), Hassan Hajjaj (Maroc), Ahmed Mater (Arabie Saoudite), Abdul Rahim Sharif (Bahrain), Zakaria Ramhani (Maroc), Abdul Rahman al-Ma’aini (Oman).

info@barjeelartfoundation.com

www.barjeelartfoundation.com

Florence Thireau

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